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Services de coaching professionnel avec Michel C. Lavoie, PCC

Le Dernier Jésuite, article pour Le Brigand, novembre 2010

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Pour LE BRIGAND # 504

Une première rencontre

J’ai rencontré Roland Turenne pour la première fois en août 1968, à Addis-Abeba. Avec mon collègue André Bouchard, j’arrivais en Éthiopie comme scolastique jésuite pour faire ma régence de deux ans comme professeur d’anglais, de géographie et d’histoire à l’école Tafari Makonnen, une école secondaire que dirigeaient les jésuites canadiens. Je suppose que les origines franco-manitobaines que nous avions en commun a fait en sorte que j’ai tout de suite senti des affinités avec le père Turenne. Il enseignait la géographie, s’occupait de différentes œuvres, gérait un atelier de reliure, rédigeait des manuels de géographie, animait des groupes d’étudiants et participait activement aux activités de la communauté jésuite.

Roland Turenne était lui-même venu une première fois en Éthiopie, comme régent, en 1951. C’était donc tout naturel qu’il ait d’abord travaillé à l’œuvre principale des jésuites là-bas : l’éducation des jeunes Éthiopiens au niveau secondaire. Roland en soutenait plusieurs et il avait une facilité dans les rapports avec ces jeunes, ce qui n’était pas le cas pour plusieurs de ses confrères. Il avait rapidement appris la langue du pays, l’amharique, ce qui lui facilitait la tâche et favorisait ses contacts. Durant sa carrière diversifiée il a joué bien des rôles. S’il a été d’abord et avant tout prêtre – et à une époque supérieur de sa communauté – on peut parler de lui comme entrepreneur (mise sur pied d’un atelier de reliure), auteur, père spirituel, professeur, instructeur de soccer, artiste peintre, constructeur d’églises, directeur d’un centre spirituel (maison de retraites), homme d’affaires, administrateur, promoteur et chef de projet dans des projets domiciliaires pour les pauvres, prédicateur et quoi encore! Toute une vie!

Au service des démunis

Après plus de 20 années dans le milieu de l’enseignement, et suite à l’arrivée au pouvoir en Éthiopie du régime communiste en 1974, il s’est totalement recyclé dans le domaine de l’aide au développement. On fit appel à ses services lors de la grande famine des années 80 qui a coûté la vie à plus de 100 000 Éthiopiens. En 1984, au milieu de la crise causée par la famine dans son pays d’adoption, le père Turenne était le protagoniste d’un puissant documentaire de l’émission Le Point (Radio-Canada), documentaire réalisé par le journaliste de renom Gil Courtemanche (auteur du roman à succès Un dimanche à Kigali). C’était la première fois que le P. Roland Turenne était présenté au grand public canadien. On pouvait le voir travailler, épuisé et amaigri, au milieu d’Éthiopiens affamés et souvent gravement malades. Leader d’une petite équipe exténuée et inquiète, il combattait cette famine en tentant de soigner le plus de gens possible, le plus rapidement possible, avec des moyens très limités
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Plus tard, on le verra entreprendre une autre facette de son travail en développement. Il recueillera des dons de partout afin de faire construire plus de 75 maisons pour les plus démunis de Debre Zeit, petit village à 100 km au sud de la capitale éthiopienne. La plupart des bénéficiaires sont des femmes et leurs enfants. De plus, Roland s’est toujours occupé de trouver du logement et ce qu’on appellerait chez nous des « familles d’accueil » pour les orphelins ou les enfants abandonnés. Il voyait à leur éducation et à leur bien-être. Il deviendra un véritable « abba » pour de nombreux jeunes Éthiopiens au cours des années.

Un homme entier; un vrai jésuite

Roland n’a jamais « fait dans la dentelle ». C’est un homme spirituel et intelligent, véritablement, mais cela ne l’empêche pas d’être simple, franc, pratique, réaliste et direct dans ses approches. Homme de contacts, il est généreux; son pragmatisme en fait aussi un homme très efficace. On a toujours « l’heure juste » avec lui. C’est un homme d’action. À mon avis, un jésuite modèle qui a su conjuguer spiritualité, discernement de la volonté de Dieu, action et résultats. Toutes ces qualités, tous ces attributs, décrivent celui que ses confrères appellent simplement « Turenne ».

Durant mes années en Éthiopie, je l’appelais notre « go-to man » car il avait le don de trouver les ressources et surtout les contacts pour dénicher ce dont nous avions besoin : outils, objets ou produits utiles à notre enseignement, services qui nous rendaient la vie plus belle. Tout ça, tout ce qu’il pouvait repérer, on ne le trouvait pas dans les boutiques du grand marché d’Addis.
– « Roland, sais-tu où je pourrais trouver une guitare pour accompagner le chant lors de la liturgie, dimanche prochain?
– Je vais voir; donne-moi quelques jours… »
Et, immanquablement, peu après, la guitare apparaissait comme par enchantement! Il y aurait tant d’autres exemples de sa capacité à régler les problèmes rapidement et efficacement! Cette débrouillardise remarquable, liée à la facilité dans les relations avec les personnes, voilà une qualité très utile pour quelqu’un qui vit dans un pays en voie de développement.

Au cours du tournage que j’ai fait cette année avec lui, pour une nouvelle émission dont je vous parle ci-après, j’avais demandé à Roland Turenne : « Est-ce que ça vous arrive d’avoir peur? » Il m’a confié qu’il n’avait jamais eu peur de sa vie. C’est peut-être ça, avoir la foi et croire en la Providence!

Un bon sujet de reportage

En 1972, j’ai quitté les jésuites après huit années de formation; de belles années, surtout celles passées en Éthiopie. Après mon départ, je me suis orienté vers la production télévisuelle. J’ai principalement travaillé en télévision éducative, comme producteur de Sesame Street. J’ai passé 25 années à la CBC et à Radio-Canada comme réalisateur, producteur et même directeur du service des émissions jeunesse, famille et religieuses (ce qui inclut Le Jour du Seigneur, de 1990 à 1997). Durant toutes ces années, je suis resté en contact avec mon mentor et ami Roland Turenne. Tout ce qui a trait à l’Éthiopie et au travail des jésuites m’intéresse au plus haut point. Et donc, il y a quelques années, quand j’ai pris ma retraite de Radio-Canada, j’ai continué à travailler dans le domaine de la télévision comme producteur indépendant. En racontant mes années en Éthiopie à un bon ami, lui aussi producteur d’émissions de télévision, Robert Duncan, je lui ai parlé de Roland Turenne comme étant le dernier jésuite (canadien) en Éthiopie. On a immédiatement décidé qu’il y avait là un bon concept pour un documentaire susceptible d’intéresser tous les groupes d’âge. Le projet se mis donc en marche… lentement mais sûrement.

À une époque où les émissions de téléréalité règnent et monopolisent (certains diraient « polluent ») nos ondes, il y a de moins en moins de place sur nos chaînes pour des documentaires de style biographiques. Le défi à relever était donc exigeant. Comment financer ce projet? Comment intéresser un diffuseur? Le plan a mis plus de trois ans à se concrétiser. Les Productions Rivard, de Winnipeg, l’on mené à bon port. Le président de cette maison de production manitobaine, Louis Paquin, a cru au projet dès le début et après maintes démarches et rencontres, il a réussi à le vendre à Radio-Canada, notre diffuseur public. Pour Louis Paquin, Roland Turenne est un « grand Manitobain » et un modèle qu’il faut faire connaître le plus largement possible. Malgré les embûches en cours de route – et il y en a eu plusieurs – nous n’avons jamais cessé de croire au projet. J’écrivais à Turenne et je lui disais qu’il fallait y croire et qu’on devait « attirer les bénédictions de Dieu » pour la réalisation du « Dernier jésuite », car cette histoire méritait d’être racontée! Roland y a toujours cru et ses prières ont porté fruit.

Un bon témoignage médiatique

Le tournage s’est fait sur plusieurs mois, certaines scènes ont été tournées au Manitoba, d’autres à Saint-Jérôme et à Montréal. Mais les scènes principales ont été enregistrées en janvier de cette année, en Éthiopie. Quelle belle réception a reçue l’équipe de tournage là-bas! Le supérieur des jésuites, Groum Tesfaye, le premier jésuite éthiopien, a accueilli à bras ouverts notre équipe formée de quatre personnes et il nous a offert tout le support nécessaire pour réussir notre projet, même si les conditions étaient parfois difficiles. Les jésuites du Canada, en particulier Pierre Bélanger, directeur des communications, ont appuyé le projet qui présentait au monde Le dernier jésuite; on nous a ouvert les archives et facilité les tournages dans les maisons jésuites. Nous avons aussi eu l’aide et la contribution du frère Rémi Laforest qui a passé plusieurs années comme enseignant à Tafari Makonnen, ainsi que d’autres anciens confrères, Noël Rodrigue et André Bouchard.

Comment raconter une si belle et si longue histoire (1945-2010) du travail des jésuites canadiens en terre éthiopienne dans une heure de télévision? Le réalisateur Georges Payrastre a voulu faire connaître les grands moments de cette mission jésuite à travers la vie du père Turenne qui agit comme guide et assure le fil conducteur de ce documentaire. Il le fait habilement et efficacement. C’est une belle heure de télévision qui passe beaucoup trop vite : mission accomplie! Je souhaite une vocation internationale à ce documentaire qui sera bientôt traduit en anglais pour en faire la distribution à travers le monde.

Je vous laisse le plaisir, quand vous verrez l’émission, de découvrir Roland Turenne, ce « Dernier jésuite », homme de foi, qui donne tout son sens au mot « missionnaire », et qui, à 86 ans, continue de travailler pour un peuple qu’il aime et qu’il veut servir! J’espère aussi que le visionnement du « Dernier Jésuite » vous donnera le goût de vous unir au travail du père Turenne en Éthiopie en contribuant à son œuvre! Bon visionnement!

Written by Michel

November 24th, 2010 at 11:25 am

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